Trois implantations ... une même philosophie !

Editorial décembre 2016 : Pacte pour un enseignement d’excellence

A l'heure de rédiger ces lignes, des échos épars nous parviennent d'un accouchement attendu par tous ceux qui vivent l'école au quotidien : directeurs, enseignants, éducateurs, parents, élèves. Le « Pacte pour un enseignement d'excellence » est pratiquement prêt. Si elle franchit les étapes du Parlement, que nous réserve cette ixième réforme de l'enseignement ?

Difficile à ce stade d'être précis et complet : avec un art consommé du suspense, on ne nous en dévoile que morceau par morceau les différentes composantes. Nous n'en savons donc que ce que la ministre (que nous avons entendue lors de la conférence qu'elle a tenue au Salon de l'Education de Charleroi) en a dit et ce qu'en rapporte la presse. Cela tient en quelques idées-forces : une aide administrative aux directions du fondamental, l'allongement du tronc commun jusqu'en fin de 3e année secondaire, la fusion des enseignements technique et professionnel, le redécoupage de l'année scolaire, le retour aux savoirs purs plutôt qu'évaluation exclusive de compétences...
On sait aussi que beaucoup d'éléments du dossier sont liés à une contrainte terrible : les limites budgétaires. Et ce ne sera pas simple de s'y tenir !

En ce qui nous concerne, plusieurs craintes, d'ores-et-déjà :

  1. Ceux qui ont envisagé l'allongement du tronc commun ont-ils eu une attention pour ces élèves du 1er degré qui attendent, avec plus ou moins de patience, de pouvoir (enfin !) faire autre chose que de suivre des cours théoriques qui, les condamnant à rester assis à leur banc, les dégoûtent peu à peu de l'école ?
    Nous craignons que non.
  2. En imaginant fusionner les enseignements technique et professionnel, plus exactement en calquant la formation commune et technique de l'un sur l'autre, les promoteurs de la réforme ont-ils été sensibles aux besoins et aux moyens si particuliers des élèves de l'enseignement professionnel ?
    Nous craignons que non.

Deux volets de la réforme donc qui risquent de creuser davantage encore le fossé entre l'école et ses élèves les plus faibles. Comment est-ce possible ? La réponse tient sans doute à celle d'une question toute simple : quand les concepteurs du Pacte (représentants des PO, des syndicats, de l'administration, des psychopédagogues et autres sociologues...) ont-ils pour la dernière fois été confrontés aux réalités des élèves de 3P ?

Troisième inquiétude, renforcée par le discours de la ministre au Salon de l'Education : là où tous les acteurs présents espéraient entendre parler d'excellence et des mesures pour l'atteindre, la ministre a parlé pacte, contrat, contrôle (il est d'ailleurs symptomatique de constater qu'elle-même dit maintenant tout simplement « Le pacte » pour désigner un projet qui devrait définir l'avenir de notre enseignement !). Entendons-nous bien : s'il est naturel que l'utilisation des deniers publics passe par une vérification scrupuleuse, s'il est évident que l'école ne peut pas faire ce qu'elle veut, il est une réalité scolaire à mettre en évidence, d'ailleurs soigneusement soulignée par le rapport Mac Kinsay : pour être efficaces, les écoles ont d'abord besoin d'autonomie.

Enfin, notre quatrième inquiétude –et ce n'est pas la moindre- porte sur la charge administrative des écoles : depuis 18 mois, tous les secrétariats des écoles et leurs directions constatent une augmentation nette des obligations administratives. Une bureaucratie bête et méchante, stalinienne, les soumet à une paperasserie absurde et dévoreuse d'un temps précieux. Et ce n'est pas l'échec récent dans la mise en œuvre de la réforme « Titres et fonctions » qui sera de nature à nous rassurer ! Aucun doute : ce n'est pas comme cela que sera favorisée l'excellence que tout le monde espère pour l'enseignement.

Alors ? Alors, attendons encore un peu avant d'apporter un jugement définitif et prions pour que le « Pacte » devienne vite un « Projet réaliste » pour un enseignement d'excellence...

Damien AVET